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Neuropédiatrie

Le 14 mars 2017
Neuropédiatrie

« Amiel Tison fut une grande dame de la néonatologie française et personnalité de renommée internationale décédée le 7 décembre 2013 à Paris. Elle laisse un héritage scientifique exceptionnel à l’issue d’une longue et prolifique carrière ayant donné lieu à plus de 150 articles, une dizaine de livres et plusieurs chapitres dans les principaux ouvrages de référence en néonatalogie et neurologie du développement.
Après une formation pédiatrique complétée par un séjour d’un an à la Columbia University à New York, elle amorce ses premiers travaux de recherche en 1962 dans les services et unités de recherche des maternités Baudelocque et Port-Royal. Elle s’intéresse alors aux techniques modernes de réanimation dans le contrôle de la pathologie respiratoire du nouveau-né ; ces travaux constitueront le point de départ d’un ensemble d’études qu’elle mènera avec le souci constant d’améliorer la santé, le développement et la qualité de vie des enfants à risque de séquelles neurologiques.
Elle participe rapidement à de nombreux travaux avec des collaborateurs de la France et d’ailleurs incluant, entre autres, des études en psycholinguistique expérimentale (avec J Mehler du CNRS), en neurophysiologie (avec AG Pettigrew, University of Sydney et JA Eyre, University of Newcastle), en épidémiologie périnatale (avec A Stewart, U.C. London), en anesthésiologie (avec S Shnider, University of California San Francisco et G Barrrier, CHU Necker) et en neurologie du comportement (avec C Njiokiktjien d’Amsterdan). C’est néanmoins sa contribution à la conception de la méthode d’évaluation neurologique du nouveau-né et du jeune enfant qui restera gravée dans la mémoire de plusieurs générations de néonatalogistes, pédiatres, neurologues, sages-femmes et professionnels de la réadaptation.

Ayant profité des enseignements de Saint-Anne Dargassies et d’Ajuriguerra, tous deux héritiers d’André Thomas, elle poursuit dans la même lignée en schématisant les étapes de la maturation neurologique chez le prématuré et le nourrisson. Une telle description s’avère essentielle pour pouvoir ensuite identifier les signes et symptômes associés à un dommage cérébral chez le très jeune enfant.
Toutefois, leur caractère particulier et changeant avec le développement extrêmement rapide des premiers mois de vie pose certains défis. C’est en combinant des données anatomophysiopathologiques et cliniques qu’elle parvient à définir un cadre conceptuel original et cohérent qui fournira une base théorique solide pour les trois instruments d’évaluation 1-4 qu’elle conçoit : l’évaluation de la maturation chez le prématuré, 3-5 l’évaluation neurologique à terme et l’évaluation neurologique 4, 6-9 de 0 à 6 ans.

Son analyse patiente et sa grande rigueur lui permettent également de préciser des regroupements de signes neurocrâniens décrivant un réel spectrum de sévérité des anomalies neuromotrices à l’âge du terme ainsi que dans les deux premières années de vie. Ce spectrum, prédictif du devenir à long terme des nouveau-nés à risque, fournit des informations essentielles non seulement pour organiser le suivi et la prise en charge des populations de nouveau-nés à risque, mais aussi pour donner aux équipes périnatales une rétroaction sur la qualité de leurs soins.

Les dernières années de sa vie auront principalement été consacrées à enseigner cette méthode d’évaluation et à soutenir différentes équipes interdisciplinaires, tant en Europe qu’en Amérique et en Asie, dans leurs efforts d’implantation d’un suivi systématique des enfants à risque de séquelles neurologiques. Ses enseignements, d’une clarté hors du commun, ont toujours été empreints d’un profond respect pour l’auditoire et d’un engagement soutenu dans l’amélioration des services dédiés aux enfants ayant des problèmes de développement et à leurs familles.

Au-delà de son héritage scientifique, Claudine Amiel-Tison aura légué, par son exemple, un rare sens de l’effort et du dépassement ainsi qu’une détermination sans bornes et une grande générosité. À travers l’ensemble de ses activités, elle aura su constituer une réelle communauté de pratique internationale bien vivante qui partage, aujourd’hui, un même sentiment de reconnaissance et le privilège de l’avoir connue non seulement pour sa contribution scientifique exceptionnelle, mais aussi pour son authenticité et les liens d’amitié tissés au fil des ans. »

Julie GOSSELIN, erg. Ph.D. – Professeur titulaire, École de réadaptation – Faculté de médecine, Université de Montréal

« Hommage à Claudine Amiel-Tison », Contraste 1/2014 (N° 39) , p. 7-8
URL : http://www.cairn.info/revue-contraste-2014-1-page-7.htm.
DOI : 10.3917/cont.039.0007.

« Claudine Amiel-Tison est décédée le 7 décembre 2013 à Paris, au moment de mettre sous presse ce numéro de la revue Contraste. Après de brillantes études, elle a très vite orienté sa carrière vers la néonatologie et plus précisément vers l’évaluation des dommages cérébraux chez les enfants prématurés ou nés à terme dans des conditions difficiles. Comme certains d’entre nous de la même génération ayant choisi la même voie, elle a été très influencée par André Thomas et par son élève Suzanne Saint-Anne Dargassies. Elle a rapidement consacré l’essentiel de son temps de réflexion à la mise au point d’une Grille d’évaluation neurologique de l’enfant entre 0 et 6 ans, qu’elle voulait prédictive, reproductible et conviviale.
Ce guide a été traduit en anglais et publié en 2001 aux presses de la – prestigieuse – Johns Hopkins University, et il est considéré comme un apport fondamental à la prédiction des anomalies de développement éventuelles chez les très petits enfants à risque de lésions cérébrales. C’est dire que, toute sa vie, elle a été sur une route très parallèle à la nôtre, celle du dépistage et de l’évaluation des anomalies développementales des jeunes enfants. Le nombre des articles publiés dans ce sens et des ouvrages qu’elle a signés est considérable. Faute de place, je ne citerai, parmi les plus récents, que L’infirmité motrice d’origine cérébrale, en 2004, Démarche clinique en neurologie du développement, en 2008, Pathologie neurologique périnatale et ses conséquences, en 2010, avec Julie Gosselin et chez le même éditeur : Masson.

Mais sa carrière scientifique n’excluait pas la fantaisie et l’humour ; c’est ainsi que l’on trouvera aussi sous sa plume, mais chez Robert Laffont en 1983 : Est-ce ainsi que les enfants naissent ?, avec Albert Grenier, un autre remarquable découvreur de manifestations toniques surprenantes : la compensation de la pesanteur permet au bébé tout juste né la préhension d’un objet ! La parution de ce dernier ouvrage en anglais a été assurée en 2001 par l’hôpital Sainte-Justine à Montréal.

La transmission des connaissances acquises, l’enseignement ont toujours été le souci premier de Claudine Amiel-Tison. En fondant l’apecade avec Évelyne Soyez et Françoise Lebrun, elle a permis à de nombreux professionnels de par le monde de profiter de ses grandes qualités de pédagogue. Les apports de son œuvre sur l’évolution des atteintes cérébrales chez les très jeunes enfants sont toujours présents et précieux. Ils bénéficieront longtemps à tous les professionnels, dans des structures aussi diverses que les services hospitaliers, principalement de néonatologie, les camsp ou les sessad, mais aussi dans le cadre de l’exercice libéral pour les kinésithérapeutes, les orthophonistes, les psychomotriciens ; bref, à tous ceux qui se consacrent à l’action médico-sociale précoce. »